Je sais, ce n’est pas tout récent, mais je suis retombée dessus et j’apprécie toujours autant….car Bertrand GAUTHEROT est un personnage atypique qu’on ne se lasse pas d’écouter. Il évoque la Champagne et le Champagne comme personne. Parce qu’il parle de ce qu’il voit, de ce qu’il constate, il fait part de ses expériences et de ses observations, sans pour autant critiquer la manière de faire de son voisin.
En ré-écoutant son intervention dans ‘On ne parle pas la bouche pleine‘ sur France Culture en 2016, je me suis dit que c’était toujours un grand plaisir de l’entendre s’exprimer sur son travail et ses terres, et que son discours est aussi cristallin que ses champagnes, qu’il est le reflet de nombreuses années d’observation, d’expérimentation et de satisfaction ; comme beaucoup d’artisans vignerons, son champagne, il le boit avec ravissement, et ça, c’est beau ! Il explique d’ailleurs avec grande précision les sensations physiques que son vin lui procure : c’est sa récompense du soir après une longue journée de labeur, car il veut produire un champagne qui ait une âme et pas seulement un nom.

C’est la raison pour laquelle sa marque est d’ailleurs totalement anonyme : ses champagnes ne portent ni le nom de son domaine ni celui de sa famille, ils portent le nom des parcelles qu’il travaille et qui lui permettent de produire ces bulles merveilleuses. Il rend hommage à la terre nourricière et son sol de calcaire dur datant du kimméridgien.

Je recommande d’ailleurs à ceux qui souhaitent mieux connaître ce vigneron de ré-écouter le podcast de l’émission, disponible ici : j’ai beaucoup aimé le passage où il explique la différence entre un sol calcaire très dur et géologiquement âgé comme celui de son vignoble (et qui est le même que celui de Chablis), et un sol géologiquement plus jeune et donc plus souple : ces derniers sont en effet épais, le temps n’a pas fait encore son travail de tassement, ils ne sont donc pas encore assez compacts pour pouvoir se fragmenter et laisser infuser l’eau par les fissures ; la vigne va s’y nourrir en surface, car l’eau remonte par capillarité en drainant avec elle les minéraux qu’elle a arraché à la roche sous-jacente lors de son passage, comme c’est le cas pour les sols crayeux de la célèbre Côte des Blancs qui confèrent au champagne un toucher plus crémeux.
Les sols calcaires du kimméridgien qui composent le vignoble de Vouette & Sorbée sont, au contraire, des roches très dures dans lesquelles les vignes vont donc spontanément développer un système racinaire vertical pour puiser en profondeur l’eau dont elles ont besoin. La roche agit comme un «filtre à café», pour reprendre avec exactitude les termes de Bertrand GAUTHEROT, car en s’écoulant très lentement, l’eau va dissoudre les carbonates de calcium de la roche calcaire que la vigne va absorber et restituer au raisin ; les vins qui en sont issus sont alors, je cite, «angulaires et salivants».

En dégustant les champagnes Fidèle (100% Pinot Noir) et Blanc d’Argile (100% Chardonnay), j’ai effectivement constaté leur effet salivant, mais plus difficilement le côté angulaire. La sensation que j’ai perçue en fin de bouche, et tout particulièrement pour la cuvée Blanc d’Argile, me faisait penser à celle du caillou, voire un peu de la terre. Ceux qui jardinent comme moi comprendront cet effet, car lorsque l’on travaille la terre de son potager, elle dégage une odeur bien particulière, et d’ailleurs, très agréable.
Mais au-delà de toute considération de fin de bouche angulaire ou salivante, les champagnes de Bertrand GAUTHEROT sont, je trouve, uniques, richement parfumés et fruités, et ils méritent d’être savourés seuls, tant ils ont de choses à dire….